La France, troisième puissance européenne des data centers
La France compte 350 data centers opérationnels début 2026, pour une capacité installée de 714 MW fin 2024, en progression de 40 % en un an (source : mission-open-data.fr, 2026). Le pays se positionne au 3e rang européen, derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne, devant les Pays-Bas et l'Espagne. La trajectoire nationale vise 500 sites et 2,3 GW de capacité d'ici 2030, soit une multiplication par plus de trois en six ans, puis 4,3 GW d'ici 2035. Selon RTE, la consommation des data centers représentait déjà 10 % de la consommation électrique nationale en 2025.
La dynamique de croissance est portée par trois facteurs convergents. Le premier est l'explosion des besoins liés à l'intelligence artificielle : l'entraînement et l'inférence des grands modèles de langage nécessitent des infrastructures de calcul massives, concentrées dans des sites de haute densité capables d'absorber des charges de 40 kW par rack ou davantage. Le deuxième facteur est la souveraineté numérique : les entreprises françaises et européennes cherchent à localiser leurs données sur le sol de l'Union européenne pour des raisons réglementaires (RGPD, Cloud Act américain) et géopolitiques. Le troisième est la transition énergétique : le mix électrique français, décarboné à plus de 90 %, est un avantage différenciant majeur sur le marché mondial, car il permet aux opérateurs d'afficher un CUE structurellement bas sans avoir à investir autant dans les PPAs d'énergie renouvelable que leurs homologues allemands ou polonais.
Sur le plan des investissements, 109 milliards d'euros d'engagements ont été annoncés sur le sol français sur les trois premiers trimestres de 2025, selon un rapport rendu public lors de l'assemblée générale de l'ONU (source : Selectra / ONU, 2025). Le marché français est estimé à 6,87 milliards USD en 2026 et devrait atteindre 10,92 milliards USD en 2031, selon Mordor Intelligence, soit un taux de croissance annuel composé de 9,72 %.
Le premier baromètre de la filière des datacenters, publié conjointement par EY et France Datacenter en 2025, confirme cette dynamique. Les opérateurs interrogés anticipent une croissance de leurs revenus supérieure à 15 % par an jusqu'en 2027, portée par la demande des hyperscalers et des entreprises en cours de migration cloud. La part des contrats de colocation de long terme (10 ans et plus) dépasse désormais 70 % des revenus des grands opérateurs, ce qui offre une visibilité élevée sur les flux de trésorerie futurs.
Pour l'investisseur, les critères extra-financiers deviennent le filtre central de sélection. Les opérateurs les moins performants voient leur coût du capital augmenter, car les investisseurs institutionnels soumis à la CSRD répercutent leurs propres exigences de reporting ESG sur leurs fournisseurs et partenaires. À l'inverse, les leaders de la durabilité accèdent aux obligations vertes à des taux inférieurs de 20 à 50 points de base à la dette corporate classique, améliorant structurellement leur rentabilité financière.


