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Retraite chapeau Article 39, le guide complet

La retraite chapeau article 39 décryptée : fonctionnement, fiscalité, frais réels sur dix ans et pièges. Guide complet pour arbitrer votre horizon long.

La retraite chapeau article 39 est un régime de retraite supplémentaire à prestations définies par lequel un employeur garantit à certains salariés un niveau de rente viagère, financé intégralement par l'entreprise. Le nom renvoie à l'article 39 du code général des impôts (CGI), qui en fixe le régime de déductibilité. Depuis l'ordonnance n°2019-697 du 3 juillet 2019, le dispositif a changé de nature : les régimes dits « à droits aléatoires », conditionnés à la présence du bénéficiaire dans l'entreprise au moment de son départ, sont fermés, remplacés par des régimes « à droits certains » encadrés par l'article L137-11-2 du code de la Sécurité sociale. Ce guide complet détaille le fonctionnement, la fiscalité, les frais réels reconstitués sur dix ans et les pièges concrets de la retraite chapeau article 39, pour un cadre supérieur ou une profession libérale qui arbitre son horizon long.

À retenir :

  • L'ordonnance n°2019-697 du 3 juillet 2019 a fermé toute nouvelle adhésion à un article 39 « à droits aléatoires » depuis le 4 juillet 2019, et arrêté l'acquisition de droits sur ces régimes au 1er janvier 2020.
  • Les nouveaux régimes, régis par l'article L137-11-2 du code de la Sécurité sociale, plafonnent l'acquisition à 3 % de la rémunération par an et à 30 points cumulés sur l'ensemble de la carrière.
  • L'employeur acquitte une contribution patronale spécifique de 29,7 % sur les primes versées, selon Légifrance (2025).
  • La sortie s'effectue exclusivement en rente viagère, imposée à l'impôt sur le revenu après l'abattement de 10 %.
  • En 2024, la retraite supplémentaire a collecté 21,4 milliards d'euros, dont 77 % via les Plans d'épargne retraite, selon la DREES (2025).

Retraite chapeau article 39 : définition et périmètre exact

La retraite chapeau article 39 désigne un régime de retraite à prestations définies : l'employeur s'engage sur le niveau de la prestation finale, une rente, et non sur le montant des sommes versées. C'est la différence structurante avec un régime à cotisations définies, où seul l'effort de versement est garanti. Le contrat prend la forme d'une assurance vie collective à adhésion obligatoire, souscrite par l'entreprise auprès d'un assureur et régie par le code des assurances (articles L132 et suivants). L'entreprise provisionne les droits auprès de cet organisme, qui servira la rente le moment venu.

Le terme rente viagère désigne un revenu versé périodiquement jusqu'au décès du bénéficiaire, par opposition à un capital remis en une fois. La retraite chapeau article 39 ne se dénoue qu'en rente, aucune sortie en capital n'étant prévue, sauf pour des montants très faibles. Cette rente vient compléter les pensions de base et complémentaires, d'où le nom usuel de retraite chapeau. En 2024, sur 2,7 millions de bénéficiaires de prestations de retraite supplémentaire, près de 2,4 millions percevaient une rente viagère, selon la DREES.

Deux familles de contrats ont longtemps coexisté. Les régimes à droits aléatoires subordonnaient le versement de la rente à la présence du salarié dans l'entreprise au jour de son départ à la retraite : un cadre qui partait avant perdait tout. Les régimes à droits certains sécurisaient au contraire des droits acquis année après année, indépendamment d'un départ anticipé. L'ordonnance du 3 juillet 2019 a tranché en faveur des seuls droits certains, mettant fin à un mécanisme jugé inéquitable et opaque.

Le périmètre actuel se lit dans l'article L137-11-2 du code de la Sécurité sociale, qui définit le nouveau cadre des régimes à prestations définies à droits certains. Ce texte transpose la directive 2014/50/UE dite « portabilité », par l'effet de la loi Pacte (loi n°2019-486 du 22 mai 2019). La retraite chapeau article 39 reste un outil de fidélisation des profils stratégiques, mais dans des limites désormais strictes. Pour le cas spécifique des dirigeants, le comparatif détaillé de l'article 39 pour les cadres dirigeants approfondit les arbitrages propres à ces profils.

Le bénéficiaire visé reste un cadre supérieur, un mandataire social ou une profession libérale fortement rémunérée, exposée à une chute de revenu marquée au passage à la retraite. La retraite chapeau article 39 sert alors à combler l'écart entre le dernier revenu d'activité et les pensions obligatoires, dont le taux de remplacement décroît avec le niveau de salaire.

Annotation d'un contrat de retraite chapeau article 39 avec une calculatrice

Comment fonctionne le dispositif, étape par étape

Le fonctionnement d'un article 39 à droits certains suit une logique précise, fixée par l'article L137-11-2 du code de la Sécurité sociale. L'employeur met en place le régime, désigne les bénéficiaires, finance les droits et confie la gestion à un assureur. Voici les six étapes qui structurent le dispositif.

  1. Mise en place du régime. L'entreprise instaure le régime par décision unilatérale ou accord collectif, et le déclare. Une obligation majeure conditionne sa validité : un régime de retraite supplémentaire doit exister au bénéfice de l'ensemble des salariés, par exemple un Plan d'épargne retraite d'entreprise ou un article 83.
  2. Définition de la catégorie de bénéficiaires. Les bénéficiaires relèvent de catégories objectives. Le régime ne peut pas viser un seul individu nommément, sous peine de requalification.
  3. Acquisition annuelle plafonnée. Chaque année, le bénéficiaire acquiert des droits exprimés en pourcentage de sa rémunération, dans la limite de 3 % par an. Le cumul, tous employeurs confondus, ne dépasse pas 30 points sur la carrière.
  4. Provisionnement par l'assureur. L'employeur verse des primes à l'assureur, qui constitue la provision mathématique destinée à servir la rente. Sur ces primes pèse la contribution patronale spécifique de 29,7 %.
  5. Conditions de performance. Pour un mandataire social, ou pour un salarié dont la rémunération dépasse huit fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, l'acquisition des droits est subordonnée à des conditions de performance vérifiables.
  6. Liquidation en rente. Au départ à la retraite, les droits acquis se transforment en rente viagère, versée jusqu'au décès, avec le cas échéant une réversion au conjoint si le contrat la prévoit.

Ce cadre rénové supprime l'effet couperet de l'ancien système. Auparavant, un cadre qui quittait l'entreprise avant la liquidation perdait l'intégralité de ses droits. Désormais, les droits sont acquis définitivement chaque année, sans possibilité d'acquisition rétroactive : le rachat d'années de service, qui servait à gonfler artificiellement la rente, n'existe plus.

Le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) sert de référence pour la condition de performance. Fixé à 47 100 € en 2025 par arrêté du 19 décembre 2024, il porte le seuil de huit PASS à 376 800 €. Au-delà de ce niveau de rémunération, la retraite chapeau article 39 n'est plus un avantage acquis sans contrepartie, mais un dispositif lié à des objectifs mesurés.

À qui s'adresse l'article 39, et qui doit l'éviter

La retraite chapeau article 39 ne convient pas à tous les profils. Elle cible une population précise et se révèle inadaptée pour d'autres. Identifier son propre cas évite un engagement mal calibré sur plusieurs décennies.

Le profil cible réunit trois caractéristiques. Premièrement, une rémunération élevée, généralement au-delà de quatre PASS, soit 188 400 € en 2025, où le taux de remplacement des régimes obligatoires devient faible. Deuxièmement, un horizon long, d'au moins dix ans avant la retraite, qui laisse le temps d'accumuler des points dans la limite des 30 points cumulés. Troisièmement, une situation d'entreprise stable, capable de provisionner les droits et d'assumer la contribution patronale spécifique de 29,7 % dans la durée. Pour ces profils, la retraite chapeau article 39 constitue un levier de rémunération différée puissant.

Le profil à éviter est le miroir du précédent. Un salarié à dix ans ou moins d'une mobilité probable tire un bénéfice limité d'un dispositif qui s'apprécie sur le long terme. Une entreprise à la trésorerie tendue supporte mal une charge récurrente assise sur des primes taxées à 29,7 %. Un bénéficiaire qui souhaite une sortie en capital, pour un projet immobilier ou une transmission, se heurte à l'absence totale de cette option : la retraite chapeau article 39 ne sert qu'une rente. Pour ces cas, la portabilité de l'article 83 ou un Plan d'épargne retraite, plus souples sur la sortie, méritent un examen prioritaire.

Le critère décisif tient à la nature de l'engagement. Un régime à prestations définies fait peser le risque de financement sur l'entreprise, qui doit garantir le niveau de rente quelles que soient les conditions de marché. Un régime à cotisations définies transfère ce risque au bénéficiaire, dont la rente dépend du capital constitué. La retraite chapeau article 39 a donc un sens patrimonial fort quand l'entreprise est solide et le bénéficiaire fidèle, et beaucoup moins quand l'une ou l'autre de ces conditions fait défaut.

Fiscalité de la retraite chapeau article 39 : entrée, vie, sortie, succession

La fiscalité de la retraite chapeau article 39 s'apprécie sur quatre temps : le versement des primes, la vie du contrat, la sortie en rente et la succession. Chaque temps répond à des règles distinctes pour l'employeur et pour le bénéficiaire.

À l'entrée, les primes versées par l'entreprise sont déductibles de son résultat imposable. Elles échappent aux cotisations de Sécurité sociale, à la CSG-CRDS et au forfait social, mais supportent une contribution patronale spécifique de 29,7 % prévue par l'article L137-11-2 du code de la Sécurité sociale. Pour le bénéficiaire, ce financement n'est ni imposable ni soumis à cotisations : il ne figure pas dans son revenu. C'est l'un des attraits majeurs du dispositif pour un cadre fortement imposé.

À la sortie, la rente viagère entre dans la catégorie des pensions. Elle est soumise à l'impôt sur le revenu après l'abattement de 10 %, puis aux prélèvements sociaux : CSG à 8,3 %, CRDS à 0,5 %, Casa à 0,3 % et cotisation maladie à 1 %. Une contribution sociale spécifique s'ajoute pour le bénéficiaire au-delà de certains seuils de rente mensuelle, selon le barème publié par l'URSSAF. Le détail de ces règles de sortie est développé dans la fiche dédiée à la fiscalité de sortie de l'article 39.

Le tableau ci-dessous condense le traitement fiscal et social aux différents stades de la retraite chapeau article 39.

Étape Traitement pour l'employeur Traitement pour le bénéficiaire
Versement des primes Déductible du résultat ; contribution spécifique de 29,7 % ; exonéré de cotisations, CSG-CRDS et forfait social Aucune imposition, aucune cotisation
Vie du contrat Provision gérée par l'assureur Aucun fait générateur d'impôt
Sortie en rente Plus de charge spécifique IR après abattement de 10 % ; CSG 8,3 %, CRDS 0,5 %, Casa 0,3 %, maladie 1 % ; contribution spécifique selon le montant
Succession (réversion) Selon le contrat Rente de réversion soumise au régime de la rente principale

En matière de succession, la retraite chapeau article 39 peut prévoir une rente de réversion au profit du conjoint survivant. Cette réversion suit le régime fiscal de la rente principale et n'entre pas dans l'actif successoral classique, puisqu'elle découle d'un contrat d'assurance. Les modalités exactes dépendent des clauses du contrat, qui fixent le taux de réversion et les bénéficiaires éligibles. Ce point mérite une lecture attentive, car un contrat sans réversion laisse le conjoint sans protection au décès du bénéficiaire.

Reconstitution des frais d'un article 39 sur dix ans

Frais réels reconstitués sur dix ans : un cas chiffré

Les pages concurrentes affichent les frais de gestion, rarement les frais réels. Reconstituer le coût complet d'une retraite chapeau article 39 sur dix ans suppose d'additionner trois couches : les frais de gestion sur la provision, les frais prélevés sur chaque rente versée, et la marge implicite de l'assureur sur la table de mortalité. Le cas chiffré ci-dessous, purement illustratif, trace ce calcul de bout en bout.

Prenons le cas d'une cadre dirigeante, rémunération de référence de 180 000 €, bénéficiaire d'un article 39 à droits certains depuis cinq ans. Au rythme plafond de 3 % par an, elle acquiert chaque année 3 points, soit 5 400 € de rente annuelle additionnelle pour ces 180 000 € de référence. Sur dix ans pleins, elle atteindrait 30 points cumulés, le plafond légal, soit une rente annuelle brute théorique de 54 000 €. Cette rente vient s'ajouter aux pensions de base et AGIRC-ARRCO, dont la valeur de service du point s'établit à 1,4386 € au 1er janvier 2025.

Vient ensuite la reconstitution des frais. Sur la phase de constitution, des frais de gestion de l'ordre de 0,60 % par an grèvent la provision : sur une provision moyenne reconstituée, ce prélèvement réduit le rendement net d'environ un demi-point chaque année. À la liquidation, des frais d'arrérages d'environ 3 % s'appliquent à chaque rente versée : sur 54 000 € de rente brute, ce sont 1 620 € qui partent en frais annuels, ramenant la rente avant impôt à 52 380 €. Sur une espérance de service de vingt ans, ces frais d'arrérages représentent plus de 32 000 € cumulés.

À ce stade interviennent les prélèvements obligatoires. Sur 54 000 € de rente, l'abattement de 10 % ramène la base imposable à 48 600 €, taxée au taux marginal du bénéficiaire. Les prélèvements sociaux, à hauteur de 10,1 % en cumulant CSG, CRDS, Casa et maladie, prélèvent environ 5 454 € par an. La rente nette de frais, d'impôt et de prélèvements dépend du taux marginal, mais le seul effet des frais et des prélèvements sociaux ampute déjà la rente brute de plus de 13 %.

Critère Article 39 (prestations définies) Article 83 ou PER obligatoire (cotisations définies)
Engagement de l'employeur Sur le niveau de rente Sur le niveau de cotisation
Financement Employeur seul Employeur et salarié
Plafond de droits 3 % par an, 30 points cumulés Selon les versements
Sortie Rente viagère uniquement Rente ou capital (PER)
Portabilité en cas de départ Droits certains acquis chaque année Capital transférable
Charge patronale 29,7 % sur les primes Forfait social réduit ou régime PER

La leçon du cas chiffré est nette. La retraite chapeau article 39 délivre une rente substantielle quand la rémunération de référence est élevée et l'horizon long, mais son rendement net pour le bénéficiaire se mesure après une triple couche de frais et de prélèvements que les présentations commerciales escamotent souvent. Reconstituer ces frais réels avant de signer change radicalement l'évaluation du dispositif.

Article 39 face à l'article 83 et au Plan d'épargne retraite

Comparer la retraite chapeau article 39 à ses deux alternatives les plus crédibles, l'article 83 et le Plan d'épargne retraite obligatoire, éclaire le choix d'un dispositif d'entreprise. Les trois visent le même objectif, compléter la retraite d'un salarié, mais selon des logiques opposées sur l'engagement, la sortie et le risque.

L'article 83 est un régime à cotisations définies. L'employeur, et le cas échéant le salarié, versent des cotisations dont le taux est fixé à l'avance ; la rente finale dépend du capital accumulé et de sa performance. L'engagement porte sur le versement, non sur la prestation, si bien que le risque de marché pèse sur le bénéficiaire et non sur l'entreprise. Depuis la loi Pacte, les nouveaux articles 83 prennent la forme de Plans d'épargne retraite obligatoires. La méthode de calcul et les chiffres concrets de l'article 83 à cotisations définies sont développés dans la fiche dédiée.

Le Plan d'épargne retraite (PER) obligatoire prolonge cette logique de cotisations définies, avec une souplesse de sortie absente de l'article 39 : le bénéficiaire choisit, à la liquidation, entre une rente viagère, un capital, ou une combinaison des deux. Cette liberté change tout pour un projet de transmission ou d'acquisition. Le PER autorise aussi le transfert des droits d'un contrat à l'autre, alors que la retraite chapeau article 39, malgré ses droits désormais certains, n'est pas transférable vers un PER. La question du transfert de l'article 83 vers un PER illustre cette portabilité propre aux régimes à cotisations définies.

La comparaison face à face se résume en quatre axes. Sur l'engagement, l'article 39 garantit la rente, ce qui sécurise le bénéficiaire mais expose l'entreprise au risque de financement ; l'article 83 et le PER obligatoire garantissent la cotisation, transférant le risque au bénéficiaire. Sur la sortie, l'article 39 ne sert qu'une rente viagère, là où le PER ouvre la sortie en capital. Sur la portabilité, les droits de l'article 39 sont acquis mais figés chez l'assureur, tandis que le capital d'un article 83 ou d'un PER suit le bénéficiaire. Sur le coût, l'article 39 supporte la contribution patronale de 29,7 % sur les primes, quand le PER obligatoire relève d'un forfait social réduit.

Le verdict dépend de l'intention. Quand l'entreprise veut récompenser des profils stratégiques sans leur transférer le risque de marché, la retraite chapeau article 39 conserve un avantage net. Quand l'objectif est un dispositif collectif souple, avec sortie en capital et portabilité, le Plan d'épargne retraite obligatoire l'emporte. Beaucoup de dirigeants combinent les deux : un socle PER pour tous les salariés, exigé par la réglementation, et un article 39 ciblé sur quelques cadres clés.

Pièges fréquents et clauses qui passent sous le radar

Plusieurs clauses techniques pèsent lourdement sur la performance réelle d'une retraite chapeau article 39, sans figurer dans les arguments de vente. Les repérer avant la signature évite des déconvenues tardives.

Le premier piège tient aux conditions de performance. Pour un mandataire social, ou un salarié rémunéré au-delà de huit PASS, soit 376 800 € en 2025, l'acquisition des droits dépend d'objectifs vérifiables. Une année sans atteinte des objectifs est une année sans droits acquis : la rente finale s'en trouve mécaniquement réduite. Le détail de ces clauses est analysé dans la fiche sur le financement de l'article 39.

Le deuxième piège concerne les frais d'arrérages, prélevés sur chaque rente versée. Un taux de 3 % paraît modeste, mais appliqué chaque année sur deux décennies de versements, il ampute le revenu net de plusieurs dizaines de milliers d'euros. Ce coût n'apparaît jamais dans les frais de gestion affichés, qui ne portent que sur la phase de constitution.

Le troisième piège est la déshérence. Le CCSF, le Comité consultatif du secteur financier rattaché à la Banque de France, a formulé dès le 21 janvier 2020 une recommandation sur la déshérence de l'épargne retraite supplémentaire : des bénéficiaires perdent la trace de leurs droits faute de suivi à la mobilité ou au changement d'assureur. Un article 39 oublié est une rente non réclamée.

Le quatrième piège relève de l'obligation de couverture universelle. Un régime article 39 n'est valide que si un dispositif de retraite supplémentaire existe pour tous les salariés. Une entreprise qui néglige cette condition s'expose à un redressement et à la remise en cause de l'avantage social attaché aux primes. Enfin, la revalorisation de la rente est souvent faible et la table de mortalité retenue par l'assureur conditionne le montant servi : deux contrats au capital identique peuvent verser des rentes sensiblement différentes selon ces paramètres techniques.

Évolutions réglementaires récentes qui modifient le calcul

Le calcul d'une retraite chapeau article 39 repose sur des paramètres qui évoluent chaque année. Raisonner sur des règles périmées fausse l'estimation de la rente et du coût.

Le socle reste l'ordonnance n°2019-697 du 3 juillet 2019, qui transpose la directive 2014/50/UE et tire les conséquences de l'habilitation donnée par l'article 197 de la loi Pacte. Trois bornes en découlent, et elles n'ont pas bougé depuis : plus aucune adhésion à un régime à droits aléatoires depuis le 4 juillet 2019, plus aucune acquisition de droits sur ces anciens régimes depuis le 1er janvier 2020, et bascule de tout nouveau régime vers le format à droits certains de l'article L137-11-2 du code de la Sécurité sociale.

Le paramètre le plus mouvant est le plafond annuel de la Sécurité sociale. Revalorisé chaque année, il a été porté à 47 100 € au 1er janvier 2025, en hausse de 1,6 %, par arrêté du 19 décembre 2024. Comme le seuil de performance s'exprime en huit PASS, il glisse mécaniquement : 376 800 € en 2025. Un bénéficiaire dont la rémunération approche ce seuil peut basculer d'une année à l'autre dans le champ des conditions de performance, ce qui modifie l'acquisition de ses droits. Suivre la valeur du PASS est donc indispensable pour anticiper le calcul.

Les pensions que la retraite chapeau article 39 vient compléter évoluent elles aussi. La valeur de service du point AGIRC-ARRCO a été fixée à 1,4386 € au 1er janvier 2025, contre 1,4159 € en 2024, selon le régime. Cette revalorisation relève le socle de retraite complémentaire et réduit d'autant l'écart que l'article 39 doit combler pour atteindre le taux de remplacement visé. Côté gestion, le Bulletin officiel de la Sécurité sociale et le Bulletin officiel des finances publiques précisent régulièrement les modalités déclaratives et fiscales applicables aux régimes à prestations définies.

Une vigilance demeure sur la déshérence. Le CCSF, rattaché à la Banque de France, a recommandé dès 2020 un meilleur suivi des droits dormants, et le sujet figure toujours dans ses travaux récents. Pour le bénéficiaire, l'enseignement est constant : conserver la trace de son contrat, de son assureur et de ses droits acquis, surtout après une mobilité professionnelle, conditionne le versement effectif de la rente le moment venu.

Quand consulter : le schéma de décision en cinq questions

Décider d'ouvrir, de conserver ou de transférer une retraite chapeau article 39 se ramène à cinq questions ordonnées. Y répondre méthodiquement clarifie l'arbitrage avant tout rendez-vous.

  1. Votre rémunération dépasse-t-elle huit fois le PASS ? Au-delà de 376 800 € en 2025, l'acquisition de droits est soumise à des conditions de performance. En deçà, le dispositif fonctionne sans cette contrainte, ce qui en simplifie la lecture.
  2. Votre horizon de départ dépasse-t-il dix ans ? Le plafond de 30 points cumulés ne s'atteint qu'au rythme de 3 % par an sur dix années. Un horizon plus court réduit mécaniquement la rente accessible.
  3. L'entreprise a-t-elle ouvert un régime à tous les salariés ? Sans ce socle universel, le régime article 39 est juridiquement fragile. Vérifier ce point protège l'avantage fiscal et social.
  4. Acceptez-vous une sortie 100 % en rente ? La retraite chapeau article 39 exclut toute sortie en capital. Si un projet de transmission ou d'acquisition exige du capital, un autre support est préférable.
  5. Avez-vous reconstitué les frais réels ? Frais de gestion, frais d'arrérages et table de mortalité changent le rendement net. Sans cette reconstitution, l'évaluation reste incomplète.

Une réponse négative aux questions 2 ou 4 oriente souvent vers un Plan d'épargne retraite plutôt que vers un article 39. Une incertitude sur les questions 3 ou 5 justifie un audit du contrat avant tout engagement. Ce schéma de décision n'a pas vocation à remplacer un conseil personnalisé, mais à structurer la réflexion en amont.

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FAQ : retraite chapeau article 39

La retraite chapeau article 39 est-elle encore disponible en 2026 ?

Les régimes à droits aléatoires sont fermés à toute nouvelle adhésion depuis le 4 juillet 2019, et l'acquisition de droits y est arrêtée depuis le 1er janvier 2020. Seuls les nouveaux régimes à droits certains, régis par l'article L137-11-2 du code de la Sécurité sociale, restent ouverts. Une entreprise peut donc encore mettre en place une retraite chapeau article 39, mais uniquement dans ce cadre rénové et plafonné.

Quelle est la fiscalité de la rente d'un article 39 pour le bénéficiaire ?

La rente viagère est imposée à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des pensions, après l'abattement de 10 %. Elle supporte aussi la CSG à 8,3 %, la CRDS à 0,5 %, la Casa à 0,3 % et la cotisation maladie à 1 %. Une contribution sociale spécifique s'applique au-delà de certains seuils de rente mensuelle, selon le barème détaillé par l'URSSAF.

Quel est le plafond d'acquisition de droits d'un article 39 à droits certains ?

L'article L137-11-2 du code de la Sécurité sociale plafonne l'acquisition annuelle de droits à 3 % de la rémunération du bénéficiaire. Le cumul des pourcentages, tous employeurs confondus, ne peut dépasser 30 points sur l'ensemble de la carrière. Ce double plafond met fin aux rentes très élevées que permettaient les anciens régimes.

Qui paie les cotisations d'une retraite chapeau article 39 ?

Le financement est intégralement à la charge de l'employeur. Le salarié ne verse rien et n'est pas imposé sur les sommes provisionnées par l'entreprise. En contrepartie, l'employeur acquitte une contribution patronale spécifique de 29,7 % sur les primes versées à l'assureur, selon l'article L137-11-2 du code de la Sécurité sociale.

Peut-on sortir en capital d'un article 39 ?

Non. La sortie d'un article 39 s'effectue exclusivement sous forme de rente viagère, sans option de versement d'un capital en une fois. Seuls les très petits montants de rente peuvent faire l'objet d'un versement unique, par exception. Cette contrainte distingue nettement l'article 39 du Plan d'épargne retraite, qui autorise la sortie en capital.

Quelle différence entre l'article 39 et l'article 83 ?

L'article 39 est un régime à prestations définies : l'employeur garantit un niveau de rente. L'article 83 est un régime à cotisations définies : l'employeur garantit un niveau de versement, et la rente finale dépend du capital constitué et des marchés. L'article 83 est obligatoire pour tous les salariés d'une catégorie, alors que l'article 39 vise des bénéficiaires ciblés.

Conclusion

La retraite chapeau article 39 a survécu à sa réforme, mais sous une forme assainie : fin des droits aléatoires, plafonnement à 3 % par an et 30 points cumulés, conditions de performance au-delà de huit PASS, et contribution patronale de 29,7 % qui en fixe le coût pour l'entreprise. Pour un cadre supérieur ou une profession libérale à l'horizon long, le dispositif reste un levier de rémunération différée puissant, à condition d'en reconstituer les frais réels sur dix ans et d'accepter une sortie exclusivement en rente. La décision se joue moins sur les frais affichés que sur le rendement net après frais d'arrérages et prélèvements sociaux. Avant d'ouvrir, de conserver ou de transférer une retraite chapeau article 39, un audit indépendant du contrat et de ses clauses reste le meilleur garde-fou.

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Sources :